6118 km trop loin

Plusieurs d’entre vous ont aperçu, je ne m’en cache pas, que ma vie a été plus que chambouler en début d’année. Pour être honnête avec vous en fait, 2017 a été la pire année de ma vie au plan de vie personnel, mais ô combien satisfaisant point de vue professionnel. Et elle n’est même pas finie! J’espère encore beaucoup de positif pour l’avenir et un peu pas mal moins de peine.

Je suis parti en voyage deux fois cet hiver. Eh oui, sur ce point je n’ai pas trop à chialer. Punta Cana à Noël avec les enfants, et en amoureux avec mon conjoint, le père de mes enfants, en février. Ma mère a eu la gentillesse de garder nos trois trésors, une semaine complète. Je me souviens de la veille de notre départ, nous avons tous, avec mes enfants, mon chum, ma mère et mes grands-parents, souper ensemble autour de la table. J’étais assise à côté de mon grand-père, l’écoutant me raconter le film qu’il avait écouté la journée même en récoltant les bouts de porc de ses nouilles chinoises qu’il ne voulait pas. Le lendemain 16 février, le cœur gros, je partais en avion laissant mes 3 bébés derrières moi pour la première fois, si loin, si longtemps. Je croisais les doigts pour que le WiFi soit bon à notre hôtel 5 étoiles. (Celui de punta Cana était vraiment mauuuuvais!) J’ai pu parler à mes enfants tous les jours. Ils s’ennuyaient beaucoup et pleuraient parfois quand on les appelait sur Skype. D’un commun accord, on a décidé qu’on les appellerait moins souvent pour ne pas leur faire de peine. le 21 février au soir (nous revenions le 23 dans la soirée) après une lonnnngue journée d’activités, nous sommes allés souper mon chum et moi sur le bord de la mer à l’un de nos restos préféré. Puisqu’en dehors de l’hôtel nous n’avions pas de réseaux, on apportait nos cells sur le resort pour se prendre en photo et aussi prendre des nouvelles de nos enfants. Pendant que j’attendais mon filet mignon, ma mère, un peu étrange me parlait des enfants. Ils étaient occupés, ne voulaient pas me parler. Étrange.

Au même moment, je vois le visage de mon chum devant moi blêmir. Il respire, réfléchi. Puis au bout d’une minute me lance,

c’est impossible, je ne peux pas, pas te le dire. (Elle lui avait écrit sur son Facebook à lui)

Ça s’enchaîne vite dans ma tête, sa y’est, un des enfants c’est blessé/est malade grave, est à l’hôpital. Je savais qu’en quittant, ils avaient un peu le rhume, et que ça s’était empiré dans les jours suivant notre départ. C’était sur, c’était ça.

Si seulement c’était juste ça.

Ton grand-père est au soin intensif. Ils ne voulaient pas que je te le dise Emi, mais je ne peux juste pas, pas te le dire. Il va mourir, c’est fini.

Jp me regarde longuement, ne sait pas quoi dire d’autre.

C’est pire qu’un coup de fouet en plein visage, je sens mon cœur, mon corps mourir tout à coup. Je venais de passer l’une des plus belles journées de ma vie, à Cozumel, à penser à lui toute la journée, à avoir hâte de lui raconter qu’on avait loué un scooter, et parcourus l’île. Tellement le genre de chose qu’il a faite toute sa vie.

Mais non, j’étais à plus de 6118 km, dans un monde totalement différent, prise au piège les pieds dans le sable. À ce moment précis mon cœur s’est emballé. Je voulais absolument partir, courir, pour atteindre le plus rapidement possible sa main, son rire. Je n’y croyais juste pas, c’était impossible, si vite, si inattendu. Son corps tout entier avait lâché. Il partait petit à petit.

Emilie, tu n’auras pas le temps, il ne lui laisse pas plus de la nuit… me disait ma mère en pleurs sur Skype. Il ne peut juste physiquement pas se rendre plus loin.

J’ai passé la pire journée de ma vie le lendemain. Pourtant j’avais tout pour être heureuse, je venais de me marier, dans le sud, j’étais en voyage, le voyage qui a été et sera le plus luxueux que je ne ferais jamais, et pourtant, j’aurais échangé ma place avec n’importe qui pour être à Québec. Je ne vous cacherais pas que cette nuit là, pour dormir, j’ai pratiquement bu une bouteille de vin à moi seule, en pleurs sur mon lit. Ça va peut-être vous paraître intense, mais je n’ai pas de papa. Mon géniteur étant inconnu, j’ai toujours, mais toujours considéré mon grand-père comme mon père. En plus d’avoir grandi avec lui toute ma vie. Perdre son père à 26 ans, c’est terrible.

Ç’a été les 6118 km d’avions les plus longs de toute ma vie. Prise entre mon chum et un grand monsieur d’environ 6 p 250 lb, coincées comme une sardine, le cœur immense. Tout était trop long, personne n’était pressé. Je mourrais tranquillement de l’intérieur. Le pire je pense, c’est de ne pas avoir pu savoir, pendant c’est presque 6 h, en comptant l’aéroport et tout le kit, là, de ne pas avoir su si c’était trop tard. On nous attendait à Québec, au froid dans la neige, et nous avons dévalé, courus dans l’aéroport de Québec comme dans les films. J’ai dépassé plein de gens, et sincèrement je m’en fou tellement…. Je suis arrivé à temps.

Tu m’as attendu plus de 6118 km tu m’as souri, parlé, tu étais gêné que ta barbe ne soit pas faite. Je me souviens de ses horribles ensembles jaunes qui nous forçaient à nous mettre parce que tu étais contagieux. De toucher ta peau avec les gants de latex était une vraie horreur. J’ai tout enlevé, je t’ai parlé, tu n’étais tellement pas prêt. Pas serein du tout à partir. Tu me disais constamment, j’ai hâte d’être rendu chez nous, elle est dure celle-là. J’ai passé ma nuit avec toi, un lendemain de veille, 4 h 50 d’avion et changement de température de 50 degrés. J’ai dormi à peine quelques heures, sursautant à tes moindres sursauts, au cas où, c’était là, là.

Je suis reparti voir mes enfants le lendemain fins am. Veux veux pas, ils ne comprenaient pas pourquoi maman n’était pas venue les chercher comme prévu, et que papa était seul. C’est le cœur en miette que j’ai quitté l’hôpital. Chaque instant, chaque heure étaient difficile. Je suis retourné te voir, une, deux, trois, je ne sais plus, fois. le 25 au soir, c’était mon soir de venir passer la nuit avec toi. On essayait de se relayer le plus possible. Dehors, je sais que tu ne t’en souviens probablement pas, tu n’as eu que très peu de moments lucides après la soirée du 23 février, il faisait vraiment mauvais. Il neigeait. grêlait, pleuvait. C’était vraiment pas beau. Comme je partais de Val-Bélair pour venir te voir, mon chum essayait de me convaincre de rester à la maison. Ma mère aussi. Ton oncle va y aller, il est plus prêt que toi, tu pourras venir demain matin, après la tempête.

Je me suis chicané un peu, puis je me suis dit que j’attendrais que tout le monde dorme et que j’irais. J’étais certaine, ce soir-là il y avait quelque chose de différent. Puis, j’ai fermé mes yeux trop vite, je me suis endormi. À 4 h 50 environ, mon cellulaire à sonné. C’était ça, c’était certain, qu’est-ce que ça pouvait être d’autre?

Tu étais parti, pas longtemps avant. Sans moi. J’étais censé être à côté de toi cette nuit là. Je me compte chanceuse de pouvoir t’avoir parlé, regardé, d’avoir enregistré le grain de ta peau sous mes doigts. D’avoir pu te dire que je t’aimais, que tu étais parfait pour moi. Mais je m’en veux tellement, mais tellement de ne pas avoir été là, ce soir-là.

Malgré les 6118 km qui nous séparaient, tu m’avais attendu, plusieurs heures. Et cette fois, à peine 20 km nous séparait. Et c’était trop.

Tu me manques terriblement, 5 mois plus tard. Ça me parait une éternité. J’ai l’impression que ça fait des années que je n’ai pas entendu ta voix. Ma fille dit que tu es l’étoile qui brille le plus dans le ciel. Et mon plus vieux lui, me demande souvent si je pense à toi, si tu me manques. J’aimerais pouvoir calculer les kilomètres qui nous séparent cette fois-ci.

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