Avalé d’une traite

Depuis bientôt 2 ans, je suis sous antidépresseur. Vous le savez depuis quelques mois déjà. Les maladies mentales, aussi différentes les unes que les autres sont encore, en 2017, tabou dans notre société de performance. Il faut être à son meilleur, physiquement, moralement, professionnellement, rien de moins. J’ai peine à avoir du temps pour être moi même tous les jours. Je suis si fatigué, tellement fatigué, que je donne toute mon énergie dans ce qui compte le plus à mes yeux; mes enfants, ma famille.

Je me lève tous les matins, prends soin d’eux, m’assure qu’ils ont bien mangé avant l’école et la garderie. Je suis toujours là à leur retour, leur cuisine un bon repas, les laves, en prends soin. Je leur lis au moins une histoire tous les jours, parfois jusqu’à trois, parce qu’ils veulent en choisir une chacun.

Mais je suis tellement tellement à plat. Quand je me retrouve seule avec moi même, je n’en peux plus. Je ne suis ni lâche ni paresseuse. Je me demande souvent, pourquoi mes batteries sont si souvent à plat. Est-ce que je fais quelque chose de mal? Est-ce moi, au fond le problème? Peut-être. Je donne aussi beaucoup d’énergie dans le blogue, dans mes projets. J’essaie d’être productive, d’être ponctuelle, mais souvent, j’en suis incapable. Et bien entendu, je m’en veux quand c’est le cas. Je ne trouve pas la force, souvent, de me lever de mon divan, de sortir de ma doudou. Mon cœur s’emballe, j’ai l’impression que je vais m’évanouir sous l’effet accablant de la fatigue. Bien entendu dans mes moments amorphes, je dois quand même m’occuper. Vous me direz qu’il me serait facile de prendre mon ordi et d’écrire pour le blogue, pénard, de mon divan. Si seulement c’était si facile. Je commence d’innombrables textes, qui restent en suspens, ou que je reprends des mois plus tard. Je ressens un blocage immense pour le terminer sur le coup, et même si je le fais, il ne sera pas à la hauteur.

Donc, pour revenir à l’état amorphe sur mon canapé, j’écoute souvent des séries. Netflix est devenu mon meilleur ami. En écoutant la série de Daredevil, aussi légère soit-elle, j’ai focalisé sur un moment bien précis. À un moment, Daredevil se retrouve devant son ennemi de toujours (qui finalement ne l’est pas tant que ça) The Punisher. Blessé, appuyé contre une pierre tombale, celui-ci lui parle, émotivement des guerres, mais surtout de son retour à la maison après la guerre. De la façon qu’était sa jeune fille, forte, et si belle. Ce qui m’a le plus frappé, c’est la façon dont Frank, alias the punisher, a pu expliqué sa dépression, son immense fatigue après un certain temps.

Bref, cette scène, aussi banale peut-elle être, m’a profondément touché, puisque je savais parfaitement ce qu’il avait vécu. Ça m’a fait un choc, honnêtement que quelqu’un, quelque part, sache exactement ce que c’était. Il avait écrit la scène, ce quelqu’un là. Et puis il y a l’acteur, Jon Bernthal, qui savait le jouer à la perfection. Donc lui aussi, connait ce qu’est, d’être à bout, exténué.

Il y a tant de personnes sur cette terre qu’on laisse s’effondrer. Qu’on laisse aller, une prescription à la main, pour se bourrer encore plus de substance qu’on ne connait pas vraiment. Dans l’espoir que ses cachets cacheront l’étendue du problème. Nous n’avons pas grand solutions pour nous aidé, outre que de payer 100 $ l’heure, dans l’espoir que la personne assise en face de nous sera compétente, mais surtout compatible, face à nos besoins. Nous pouvons nous mettre sur une liste interminable, qui de toute façon, lors de l’appel, ne sera pas vraiment en mesure de nous aider, au public. Est-ce que quelqu’un sincèrement peut nous aider à traversé ce lac noir qu’est la fatigue, la dépression, l’anxiété, bref, le bout du rouleau? Malheureusement quand je regarde autour de moi j’ai tendance à dire que non. Oui, dans certains cas, mais non dans une grande majorité.

Pour certain, ce lac noir ne s’enfonce que plus profondément au fil au temps, au fil des échecs. Pour d’autres, le soleil revient rapidement, et s’assombrit encore plus par la suite. Pour d’autres qui vivent maintenant dans la clarté, il suffit d’un nuage pour semer la panique et crée de plus belle, un véritable gouffre. Où me situe-je dans toutes mes métaphores? Pas si creux, j’imagine. Mais assez pour parfaitement être consciente que je ne suis pas moi même la plupart du temps, que je passe à côté de plein de belles choses.

Mon soleil revient parfois. Je sors la tête de l’eau quelques jours, quelques mois, quelques instants. puis ça revient, le mauvais temps revient. Et ainsi de suite. Comme bien d’autre sujet, ce texte a été écrit il y a quelques semaines. Mon soleil brille bien, ces jours-ci, laissez-moi vous dire. J’espère qu’il continuera encore!

4 comments

  1. Ah! Quand le corps ne suit plus…
    Moi, même si ce n’est pas tout à fait la même chose, ton billet m’a touchée. Dans mon cas, je déborde d’énergie «mentale», j’ai envie de me commettre dans beaucoup de projets, mais au lieu de cela, j’me consume presque par en-dedans parce que le corps ne peut vraiment pas suivre ma cervelle…
    Ouais, mon corps est meurtri, inapte à des journées loadées… accident dans une époque d’y a déjà presque deux décennies.

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