Le deuil des belles grossesses

Avant d’avoir un petit cajou dans mon bedon, le premier premier, je m’imaginais pas mal d’affaire. Je me voyais, comme les femmes sur pinterest et instagram, sourire aux lèvres, mains sur la bedaine bien ronde, resplendissante de bonheur, pour qui la grossesse est si merveilleuse…

Eh puis là, mon premier plus est apparu. Je ne feelais pas déjà, depuis quelques jours (même des mois si l’on calcule tous les mois d’essais que je ”sentais” des symptômes haha) J’avais le tournis, mal au coeur comme si j’étais en bateau, et je ne m’endurais VRAIMENT pas. Je n’aurais jamais cru à ce moment-là que ces petits symptômes désagréables seraient l’entrée de plusieurs autres, tout aussi plates et décourageants.

Bref, je suis à ma troisième grossesse actuellement, approchant la 37e semaine avec impatience. J’ai eu beau me dire que je devais en profiter que c’était (pour vrai) ma dernière grossesse, la dernière fois que j’ai la chance de porter la vie, à chaque fois, j’ai haï ça, profondément. À mon grand découragement.

La premiere fois

Ma première grossesse fut de loin la pire, mentalement. Les hormones ne m’ont pas lâché du début à la fin, je suis passé par toute sorte de comportement et d’agissements, au point de ne plus me reconnaitre du tout. C’est terrifiant en tant que femme, de se voir aller et de ne pas reconnaître nos paroles, notre vision et nos actions. J’avais complètement changé. L’accouchement de Jake a été dans tous les sens du terme, une véritable délivrance, physiquement et mentalement. Je me souviens de ma première douche sans ma bedaine. J’avais l’impression d’être ENFIN seule, après autant de temps. D’être moi même avec mon corps, mon esprit. Contrairement à ce qui était probable, je n’ai fait aucun post-partum. J’étais réellement délivré et j’ai pu redevenir celle que j’étais, très rapidement. Quel soulagement! Physiquement, je ne peux pas dire que je l’ai eu difficile, ç’a bien été jusqu’à la 32e semaine, après je faisais beaucoup de rétention d’eau, et surtout de haute tension artérielle. Notre fiston est arrivé plus tôt un peu, à cause de ça.

Deuxième grossesse

Ma deuxième grossesse, elle, fut la plus belle étrangement. Mentalement, ce fut la plus douce. Je n’ai eu pratiquement aucun désagrément d’humeur et je me suis sentie en contrôle pas mal tout le long. Malgré les deux petits cajous qui poussaient côte à côte en moi, mon moral était bon. Physiquement, porter des jumeaux est plus difficile, mais pas trop, non plus. J’ai eu extrêmement de nausées et vomissements, de brûlures d’estomac, de douleurs lombaires et ligamentaires. Dès la 25e semaine on m’a découvert (en fait je l’ai découvert seule) une cholestase de grossesse* et j’étais suivi plus serré. À 29 semaines je fus cloué dans un lit d’hôpital quelques semaines pour garder les poulets bien au chaud. Ils sont finalement arrivés à 36 semaines, en forme et en parfaite santé. Cette fois-ci, je n’avais pris aucun temps pour me reposer, et nous avions beaucoup de rendez-vous avec notre plus vieux. Je suis vite et facilement tombé dans un gouffre sans fond, qui m’a pris plus de 4 ans pour m’en sortir. Une dépression que j’ai traînée comme un boulet à ma cheville.

*La cholestase intrahépatique de la grossesse, plus connue sous le nom decholestase gravidique, correspond à une rétention de bile dans le foie. Au lieu de poursuivre leur route dans le système digestif, les acides biliaires refluent dans le sang où leur concentration s’élève anormalement. suite ici 

la dernière

Entre mes deux premières grossesses, il n’y a eu que 9 mois environ. Mon premier garçon était très jeune, à peine donc, 9 mois quand j’ai vu les deux cajous à l’écran. Ils étaient voulus, mais honnêtement peut-être pas aussi vite. Nous espérions quelques mois de pratique avant de voir la fameuse ligne positive. Mais non! Donc, avec trois jeunes enfants TRÈS proches, Jake n’avait que 17 mois quand les jumeaux sont nés, ainsi que l’annonce de son diagnostique, nous avions fermé boutique pour en avoir d’autre.

Puis, les années ont passé, j’ai eu 9 petits amis avec moi à la maison pendant plusieurs années dans mon service de garde, je me sentais comblé point de vu enfant. J’avais toujours des bébés à m’occupé, et de plus grands à divertir. Un événement a remis en doute mon désir de maternité. J’y ai songé et songé longtemps, 3 ans en fait. J’ai fini par me décider en septembre 2017, j’en voulais un dernier.

Dernier, pour vrai, cette fois!

Dernier, dernier dernier, un petit bébé 5 ans plus tard. J’étais fébrile juste à y penser, et c’est en janvier que j’ai vu la douce ligne rose apparaître sur mon petit bâton. Je sautais de joie, malgré mes 5 semaines, je n’avais aucun symptôme. Ih boy. Ça n’a pris que quelques jours de plus pour vraiment le sentir, physiquement et mentalement que bébé était bien là. Bien honnêtement, j’ai eu peur de le perdre ce bébé-là, tout le long. J’étais certaine que quelque chose n’allait pas, tellement j’avais des douleurs épouvantables dans le ventre. J’ai eu des douleurs ligamentaires toute ma grossesse, en plus de maux de coeur terribles, de brûlement d’estomac, et de plein d’autres belles affaires que je garderais pour moi haha Bref physiquement, elle n’a pas été super, celle-là. Moralement, ça dépend des jours. Puisque je me sors fraîchement de ma dépression (j’ai arrêté mes antidépresseurs à l’automne 2017), J’ai eu peur, quelques fois. Peur de facilement glisser, facilement me laisser emporté. La douleur constante, la fatigue, le plus vieux qui se rebelle, bref, j’ai eu peur. Mais me voici à 36 semaines et demie, je vois le bout du tunnel, sans avoir eu besoin de béquille.

J’essaie fort d’en profiter, mais…

J’ai bien beau me flatter la bedaine, d’être en parfaite harmonie avec celle-ci, de ne pas me sentir envahi ou encore d’avoir peur de se qui s’en viens, je n’aime pas être enceinte. Je n’aime pas être limité dans mes mouvements, je n’aime pas toutes les sensations désagréables qui m’habitent, je n’aime pas les hormones qui m’envahissent. (je ne te l’ai pas mentionnez plus haut, mais enceinte, chaque fois j’ai de gros problèmes d’acnés, de cheveux gras, etc.) Je n’aime pas suer ma vie, être à bout de souffle, faire de l’insomnie, être émotive, etc. J’aime voir poussé mon bedon, car par chance, il est beau chaque fois. Il est bien rond, et j’ai la chance d’être de ces femmes que tout le poids s’en va dans la bedaine. Je n’ai jamais eu besoin de vérifier et de faire attention à mon poids enceinte. Je prends le minimum, même cette fois-ci en surpoids, et hop le perd tout à l’accouchement. Mon corps gère ça comme un pro. #aumoinscestca

J’aime sentir le bébé, connecter avec chacun de ses mouvements, etc. J’aime le voir à l’écran quand je le peux, essayer de deviner à qui il ressemblera en comparaison à mes autres échos, etc. Mais ça s’arrête là.

Je me souviens des promesses de beauté, de sérénité et de sentiment accomplis qu’on lit un peu partout. Vous rayonnerez ! ai-je lis plusieurs fois… Mon dieu. Pas dans mon cas. Je dégage plutôt l’image d’une mère en mou, avec un superbe hair bum fait tous les matins sans même me regarder dans le miroir. Je me souviens d’avoir dit à mon chum que la grossesse, c’est comme être souvent sur un hangover incroyable. Dans mon cas en tout cas.

Et toi, ta/tes grossesses? Elle(s) se passe(nt) comment?

 

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