lettre; Mon coeur a explosé, grand-papa

Je me souviens de toi quand j’étais petite petite. Des fois, tu me faisais un peu peur avec ta grosse voix. Tu écoutais des films plates de Bruce Willis au lieu de mes émissions à télé Québec, au 15, anciennement. T’aimais tellement regarder tes vieux films que tu avais faits de tes voyages. Floride, Toronto, Ottawa, de la route, mais de la route mes amis! Y’avais aussi souvent ma p’tite face, que tu filmais tellement souvent. Les cassettes Emilie, 1,2,3,4,5 sont probablement encore à la même place. T’avais toujours une boite de cachous cachés à coter de ton lazyboy. Tu te raclais toujours la gorge en te levant le matin, traînait un peu des pieds endormi et pressé à la fois d’aller faire ton pipi. Tu sais, ce n’était pas bien bien isolé, j’entendais tout ça de mon lit. Je sais, pour t’avoir espionné souvent, qu’après t’être rasé et savonné le visage, tu te rinçais à grandes eaux avec une débarbouillette et ensuite tu peignais ta chevelure blanche. Malgré ton âge vieillissant, tu n’as jamais accepté de mal paraître. Jamais.

Tu as toujours été là pour me dire oui en arrière quand ma mère me disait non. Toute heureuse j’allais te voir et après chaque Merci, tu me répondais de ton fameux “c’est beau” orgueilleux, au lieu de me dire que ça t’avait fait plaisir de me faire plaisir. Je n’ai jamais été crédule, tu sais, je le savais que t’étais aussi heureux que moi de m’avoir dit oui.je le voyais ton petit sourire quand je partais. Je l’ai toujours senti, vu, que tu me considérais comme ta fille, même si je ne l’étais pas. Je t’ai longtemps appelé Papa. Tu étais fier de parler de moi à tes amis. Tu me présentais, parlais de mes maladresses en riant, de ce que j accomplissais. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours senti qu’on partageait quelque chose de fort, d’unique même si on se parlait peu.

Les plus beaux moments avec toi sont clairement ceux quand tu m’as appris à conduire. Malgré les pancartes, les embranchements d’autoroute, les kilomètres, j’ai tellement aimé parler avec toi. T’avoir à moins d’un mètre à coter de moi pendant plusieurs heures. On a partagé de beaux moments ensemble, vraiment.

Un jour, quand plusieurs doutaient de moi, de mes choix, je me souviens de toi qui m’a dit,

tu sais Emilie, le plus important au fond c’est l’amour. S’il y a de l’amour, le reste c’est pas important, ça suivra.

C’est le meilleur conseil que j’ai eu de ma vie. Puis j’ai vieilli, j’ai eu 3 enfants, moins de temps. Un jour, sans m’en rendre compte, sans que je m’y attende, tu étais rendu vieux. Différent. Tu tremblais quand tu essayais de visser une vis. Tu me demandais tout à coup si tu avais pris la bonne affaire, la peinture sur ta petite machine était mal faite, tu avais tremblé et dépasser. Ça ne ressemblait tellement pas à l’homme débrouillard et patenteux que je connaissais. Tu étais fatigué. Je pense que, comme je tais toujours considérer comme mon père, te voir si vieux tout à coup, c’était épeurant et j’ai juste fermer les yeux. Chaque fois que je te voyais, j’avais de la peine, j’étais mal à l’aise. Je t’aidais, je t’écoutais. L’homme fier qui ne demandait jamais d’aide avait disparu, laissant place à un homme inquiet.

Tu m’as fait la peur de ma vie grand Papa cette semaine, quand, à moins de 48h de mon retour à Québec, tu es entrée à l’hôpital. J’étais prise au Mexique, impuissante, et toi si loin. Ce n’était pas là première fois au cours des dernières années, mais cette fois, ma mère en pleurs m’a expliqué que c’était la fin. Mais non, pas possible, il va se relever et… non pas cette fois. Cette fois ton corps tout entier t’envoyait le signal du grand voyage. Tu étais fatigué, ton corps ne voulait plus de ton esprit si vif. Il était au bout de sa route, son millage était plein, il n’en pouvait plus. Toi par contre, éternel voyageur, tu n’étais pas capable de te faire à l’idée de partir, de t’éteindre. Tu n’étais juste pas prêt. Depuis mercredi soir, j’ai pleurer, tellement. Dans mon sommeil, aux toilettes, dans l’avion. Une rue, une chanson, un film, tout me fait penser à toi.

Ça été le 4h30 d’avion le plus long de ma vie. On m’a dit que je n’aurais probablement pas le temps d’arriver, que toi tu serais parti. J’ai couru, tel un vrai film d’amour que l’homme doit avouer son amour à une femme avant qu’elle prenne un avion. Je suis arrivé à l’hôpital, tu m’as souri, je t’ai parlé, toucher, tu m’as répondu. La chaleur et l’amour que j’ai ressenti sont indescriptibles. Je ne savais pas qu’on pouvait ressentir ce genre de sentiment si fort, en même temps qu’une peine si immense et une frustration si brutale. J’ai passé la nuit avec toi, main dans la main. Tu te battais encore mon grand-papa d’amour, celui à qui on ne donnait pas 24h, s’est rendu à 5 jours de survie. Tu ne mangeais pas, ne bougeais pas, plus rien de fonctionnait dans ton corps de combattant, sauf ton coeur et ta tête. Tu es resté lucide jusqu’à la fin. Tu me disais, par tes maigres périodes d’éveil que tu avais hâte de retourner chez toi, de prendre une douche. Tu sais grand-papa, je le savais que tu ne voulais pas mourir. Que t’étais pas prêt. Je comprends et je suis en panique, à ta place. Mais c’était le temps. Tu ne pouvais juste plus, papi. Tu as tellement tout donné, tout fait, ton corps, cette machine battante est comme un vieux Chevrolet de 247 000 kilomètres, avec un trou dans la transmission qui coule, mais qui invraisemblablement, roule toujours. On ne sait pas vraiment comment, mais il roule. Sauf qu’une vie au garage le capot ouvert à rapiécer des problèmes, papi c’est pas une vie.

Je vivais depuis mercredi avec une boule immense dans l’abdomen. Alerte, toujours sur le qui-vive. Je ne pouvais plus te voir ainsi, l’ombre de toi même, j’étais fatigué, j’avais mal dans tout mon corps crisper. Mamie aussi étais fatiguée. Elle l’aime son mari, elle ne voulait pas le laisser aller. Mais c’était lourd pour elle, c’était douloureux. Il fallait qu’elle puisse se reposer. Étirer sa douleur, sa crainte, ce n’était pas bon pour elle. Tsé l’appel qu’on voulait pas recevoir, pendant le moment qu’on est de retour à la maison en attendant d’y retourner. Celui qui nous annoncerait que tu es parti. J’avais mal grand-papa, on avait tous mal de te voir comme ça. Prépare-toi pour ton grand voyage, je le sais qu’il sera aussi fabuleux que tous ceux que tu as fait pendant de nombreuses années avec ta femme adorer.

Ce matin, vers 4h10, le téléphone a sonné. Mon oncle, ton fils, m’a appelé, grand-papa. Dans un élan triste et vulnérable, j’ai entendu sa voix me dire que c’était fini. Que tu étais parti doucement, serein, en paix. Tu dormais, et tranquillement pas vite tu t’es laissé aller. Mon coeur à exploser, grand-papa je te l’admets. J’ai été frappé par une haine, une colère si grande que je n’y voyais plus rien. J’ai pris quelques moments, puis, malgré les avertissements, la température peu favorable de cette nuit, j’ai dit à Jp qu’il fallait que j’y aille. Coûte que coûte, je ne laisserais pas mamie, je serais là pour elle, et surtout j’allais te parler, te cajoler une dernière fois.

Rencontrer la mort en face, si froide, si là, si vide, ce n’est pas évident. Mais tu étais tellement beau grand papa. Je t’ai trouvé étonnamment paisible, ça paraissait que ça avait bien fini, si l’on peut le dire ainsi. J’ai pris ta main, je t’ai parlé un peu, tes souhaités bon voyage. L’idée de te voir une dernière fois, de sentir ta peau sous mes doigts, la forme de tes ongles, de flatter tes cheveux, ton visage, tes épaules pour  une dernière fois me semblait si irréel. J’ai essayé d’enregistrer ton visage dans ma tête, de reconnaître ta peau, de la sentir en fermant les yeux. Je chérirais ce souvenir à jamais.

C’est dur de se dire qu’on ne te verra plus. Jamais. Il faisait si peur cet appel. On essayera de se souvenir, très fort des derniers moments passés avec toi. En fermant nos yeux, tu es là souriant et taquin. Exaspéré aussi des fois, tu n’avais pas la patience de l’année non plus, haha. Va voir tes frères, tes amis qui sont partis avant toi. Va prendre une bière avec tes beaux frères, va faire un tour de moto avec tes chums sur les nuages. Tu vas être bien. Tu vas bien voir, ta vue sera comme neuve. Tu vas pouvoir en écouter des Die hard et des westerns, sans te demander si le film est en couleur ou pas. J’ai besoin de toi grand-papa. Je ne sais pas comment continuer en me disant que je ne te verrais plus jamais. Ton corps est parti, mais je sais par contre que ton esprit sera dans mon coeur et ma tête, toujours. Veille sur mamie du paradis, je prendrais soin d’elle ici. Je t’aime tellement. Je regrette de ne pas te l’avoir dit assez.

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