Une p’tite histoire de ligature

Lorsque j’ai eu mon fils en 2011, j’étais catégorique; JE N’EN VOULAIS PLUS JAMAIS, DE GROSSESSE. Comme je vous en ai parlé souvent, mes grossesses sont toujours difficiles et dans mon cas, excepté le bébé, il n’y a pas beaucoup de points positifs. Je me suis donné une chance, j’ai voulu un petit frère ou une petite sœur, pour mon fils. Puis, son arrivée les jumeaux. 5 ans plus tard, me voici, avec encore une fois, un bébé tout neuf dans les bras. Eliana est arrivé le 16 septembre, me soulageant physiquement et mentalement de cette 3e grossesse.

Comme réussir un avac n’était pas certain, comme ce n’était pas certain non plus que mon travail débute avant la date fatidique du 28 septembre, nous avions envisagés, parlés, penser à la césarienne, et ainsi donc, à la ligature des trompes. Même si je sentais une pression importante de la part de mes proches pour le faire, nous avons longuement réfléchi, papa et moi, à cette décision irréversible.

Un 4e bébé

Eliana, c’est mon quatrième bébé à moi. Le 4e bébé qui a poussé et fleuri dans mon bedon pendant 9 mois. Papa lui, en plus de ses 4 bébés avec moi, avait une jeune fille aussi. C’est donc, au total, 5 enfants qui se partagent nos bras et notre maisonnée. 5, ce n’est pas rien. Notre part est faite, comme diraient la plupart des gens. Dès que le plus est apparu, nous savions qu’Eliana serait notre dernier bébé. On se donnait la chance de vivre ça une dernière fois, parce que nos cœurs étaient assez grands, parce qu’il y avait assez de place encore pour un autre. Est-ce que par contre la décision de faire la ligature a été facile? VRAIMENT pas.

le choix

Nous avions donc pris la décision que si j’avais une césarienne, j’opterais pour la ligature. Ce mot résonne encore dans mes oreilles. La première fois que je l’ai entendu, en 2013, alors que je n’avais que 23 ans, j’avais eu une méchante frousse. Le médecin qui avait pratiqué la césarienne des jumeaux me l’avait proposé. À l’époque je n’étais vraiment pas prête, et quand je regarde dans le petit lit à côté de moi, je me rends bien compte que ça aurait été une erreur.

Mais, 5 ans plus tard, ma dernière petite merveilleuse est là. Ma grossesse fut plus difficile que jamais, et l’accouchement loin d’être comme je l’avais prévu. Quand j’ai signé la feuille, je l’ai fait la tête reposé, et j’y avais bien réfléchi, et papa aussi. Mais…

j’ai l’impression que c’est sur mon cœur qu’on a mis un clip

Même si ma tête ne veut pas d’un autre bébé éventuellement, par principe, par choix de vie, c’est une pilule difficile à avaler. Je me souviens du vide que j’ai senti, quand je savais très bien que ma fille était sortie, mais qu’on continuait l’intervention dans mon bedon. Je le savais, que là là, présentement, on m’enlevait une partie de ma féminité, celle du pouvoir d’enfanter. Dans ma vie, je suis passé par plusieurs gammes d’émotions chaque fois que j’ai franchis un cap, et celle-ci n’en fait pas exception.

Je suis à 19 jours post-partum et honnêtement j’essaie de ne pas trop y pensé. Je le vis vraiment comme un deuil, une partie de moi est partie. C’est étrange, mais me dire que je ne vivrais plus jamais cet événement, du moment stressant qu’on fait pipi sur un test à celui de poser les yeux la première fois sur notre bébé, c’est difficile. Difficile de me dire que je ne PEUX PLUS, et non, simplement que je ne VEUX PLUS. C’est un deuil que j’apprends à côtoyer avec un cœur à consoler.

Je regarde ma fille et je souhaite secrètement qu’elle ne grandisse jamais. Pour ne jamais m’ennuyer d’un bébé neuf. Pour ne jamais oublier la difficulté des nuits blanches, des seins qui picotent, de mes cernes mauves qui jurent avec mon teint blanc. Si je ne l’oublie jamais, je n’en voudrais plus jamais d’autres, non?

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