Mon expérience dans un métier d’homme

À un moment de ma vie en quête de, je ne sais pas quoi, d’attention, j’imagine, j’ai réorienté mes études. J’étais jusqu’alors une bonne petite étudiante modèle qui s’était enlignée au cégep, dans un programme qui au final ne me ressemblait pas du tout et qui ne m’aurait pas comblé une seconde comme travail. Design intérieur. Après une session et demie et un état dépressif, j’ai finalement arrêté de gaspiller mon argent. J’ai lâché le cégep.

Vivre cette déception d’être « incapable » de finir ma technique m’a vraiment troublé. Je connaissais quelques amis qui allaient à l’émoicq, l’école des métiers de la construction. Lors d’une journée porte ouverte; les olympiades de charpenterie, je suis complètement tombée en amour avec l’école. L’odeur de bois frais, de matériaux. Des gars partout, on ne se le cachera pas. Même si j’avais l’impression d’être un steak dans une cage de lions affamés, cette école m’apaisait. C’était fait, je repartis avec un formulaire d’inscription.

Honnêtement, j’adore dessiner, créer, les couleurs. J’ai donc suivi le cours qui me semblait le plus facile, mais aussi qu’il y avait, selon eux, de bonnes débouchées pour les femmes. Les vraies femmes. Pas les Germaine de 6 pi qui font des concours de gros mangeurs et qui font du bras de fer le week-end. Nenon, les femmes comme moi, de 5p5, qui lèvent gros max 50 lb à bout de bras. Quelques mois plus tard, j’ai commencé mon cours. J’ai aimé sincèrement. J’adorais peindre, le mouvement, la répétition. Ça comblait mon besoin d’être relax, en paix. Ce n’était pas compliqué, je ne pensais pas trop à rien. C’était parfait. J’étais entourée d’hommes, ça comblait mon besoin immense d’attention, mais aussi ça m’apportait une sécurité. J’ai toujours préféré les hommes aux femmes, leurs conversations, leurs activités, leur « ‘je-men-foutisse »’. Vers février, j’ai rencontré l’homme de ma vie, le futur père de mes enfants. C’était parfait, on avait sensiblement les mêmes horaires, on se comprenait, on vivait dans le même monde malgré nos futurs métiers différents. L’école nous louangeait les femmes dans le métier. Grâce à l’arrivée des femmes sur les chantiers, ça avait changé, c’était mieux adapté, etc. Les femmes étaient traitées équitablement. Souvent même on préférait les femmes et leur finition méticuleuse aux hommes plus brusques. FOUTAISES !

J’ai travaillé 6 mois environ dans la construction. Vous me direz que je n’ai pas travaillé assez longtemps pour m’y faire une opinion? Eh bien oui. En 6 mois, j’ai fait 4 entreprises différentes, 4 chantiers différents. J’ai passé du commercial au résidentiel, pour revenir au commercial.

Je vais être honnête, probablement que je ne faisais pas l’affaire. Ma condition psychologique, mon jeune âge, mon envie de découvrir la vie ne m’ont pas aidé. En gros, je n’étais probablement pas assez mature pour un travail si sérieux. Mais par contre, la façon qu’on m’a traité, ça ne s’invente pas. Dans le résidentiel je n’ai rien à dire. Il y a beaucoup de femmes peintres alors ça va bien. C’est moi en tant que tel qui n’a pas aimé l’expérience. J’ai adoré le commercial, les grandes structures, etc. Mais, à bien des endroits j’étais la seule femme, 19 -20 ans, pas laide, un peu dodu à l’époque (une chance sérieusement) et si vous saviez tout ce que j’ai pu entendre… au début vous vous en doutez, je ne parlais pas à personne sauf les autres peintres. J’étais intimidée. Je faisais l’objet de plusieurs farces, drôles ou moins drôles. De commentaires sexistes. Méchants. Surtout des vieux. TSE le classique mononcle. Les jeunes de mon âge, au contraire d’à l’école, me sacraient vraiment la paix. J’ai trouvé quelques hommes sympathiques, avec qui je pouvais partager mes dîners, mes déjeuners. Mais en même temps… ce n’était pas évident de savoir à quoi ils s’attendaient. En gros, ce que j’ai retenu de mon expérience, si une femme était réservée et ne parlait pas aux autres ou ne riait pas à leurs blagues sexistes et grossières; c’était une femme en SPM mal baisée et frustrée. Et au contraire, si elle essayait de passer la barrière des sexes, d’agir normalement, c’était une femme facile qui se cherchait un bon coup. #OUPS.

Vous serez peut-être en désaccord, c’est correct. C’est l’expérience que j’ai vécue. Peut-être était-ce moi le problème. Peut-être suis-je mal tombée.

Ce que j’ai aussi appris, et dans le fond quand on y pense c’est logique, un entrepreneur prendra un homme plus grand, qui a plus de portée pour découper, au lieu d’une petite femme qui traîne son escabeau. Y’en aura pas d’équité au moment de slaquer du monde. Le boss, il choisira celui qui peint le mieux le plus rapidement possible, avec le moins de trouble possible. On s’entend que traîner un escabeau et prendre qu’un seul 5 gallons de peinture à la fois, ça va moins vite. Pis au fond, c’est correct. C’est la logique. Le gars perdra pas des contrats juste pour être équitable. J’ai eu la chance de faire cette expérience. Stressante, mais ça m’a appris plein de choses sur moi, sur ce que je voulais dans la vie. Je lève mon chapeau à toutes ces femmes qui trouvent le succès dans des emplois traditionnellement réservés aux hommes. Vous êtes vraiment bonnes. Meilleures que moi vraisemblablement.

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